La Provence édition du 22 novembre 2008

Acquitté en avril, Laurent Vili sera jugé en appel à Nouméa du 2 au 5 décembre

La voix est calme, posée. Laurent Vili, pilier du club de rugby de Bédarrides depuis cet été, raconte avec des mots choisis cette terrible nuit du 7 au 8 janvier 2002 où il a pris les armes pour défendre son village, "parce que je n'avais pas le choix" s'excuse-t-il presque. Au cours de ce nouvel épisode, des affrontements auxquels se livrent épisodiquement les tribus wallisiennes et mélanésiennes, un jeune Kanak est touché par balle. Il décédera trois semaines plus tard.

Laurent Vili, alors joueur de Montpellier et étudiant en Staps, est accusé du meurtre. Il passera un an en prison, entre septembre 2002 et septembre 2003. Acquitté en avril dernier, il sera rejugé en appel du 2 au 5 décembre, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

"Je suis fatigué, avoue Laurent Vili. La Justice sert à quoi? Je vais vivre ce procès comme un match important. J'y vais pour gagner, la vérité éclatera." À l'annonce de ce nouveau procès, début novembre, Bédarrides a décidé de lancer une opération de soutien pour son joueur, aidé par le comité monté à Montpellier à l'époque où Laurent Vili évoluait sous les couleurs du club héraultais. Spontanément, le capitaine Romain Tissot a donné son défraiement du mois d'octobre, l'ensemble des joueurs mettant la main à la poche. Puis, une tombola a été organisée au club. Entre temps, une collecte a aussi été mise en place dans huit commerces de la ville. Au total, près de 5 000 € seront remis à Laurent Vili dimanche, après le match contre Montmélian (voir par ailleurs).

"Cela me remonte le moral. Ce soutien est important pour ma famille et pour moi dans une période très difficile à vivre" confie Laurent. À son côté, Gérard Bouche, le président de l'ASB, l'écoute avec attention: "C'est naturel de lui tendre la main. C'est typique de Bédarrides, de la solidarité qui existe dans ce club. Laurent fait partie de la famille."

"Je vais me battre"

Cette histoire bouleverse l'ensemble du club qui l'a accueilli au cours de l'été dernier. "C'est une injustice, un truc de fou! On sait que l'on ne défend pas un meurtrier. C'est un guerrier en temps de guerre. On ne voit pas comment un tribunal peut le condamner", insiste Gérard Bouche, qui parle d'un homme "attachant, sensible, sain et droit. Il est gêné par cette affaire, qui donne une mauvaise image de lui."

Touché par cet élan de solidarité autour de lui, Laurent Vili assume. "Je prends la responsabilité de ce qui m'arrive. Mais je ne m'attendais pas à vivre un nouveau procès. J'étais là pour le rugby, pour jouer. Ce sport permet de me sentir vivant. Sur un terrain, j'existe encore. Et je vais me battre", lance-t-il. Mercredi, Laurent Vili s'envolera pour Nouméa. Tout un club attend son retour.

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