L'AFP le 24/04/2008 à 00:06

Laurent Vili, joueur de rugby à Nîmes, a été acquitté mercredi soir par les assises de Nouméa du meurtre d'un jeune kanak en janvier 2002, survenu durant des violences ethniques.

"Je m'étais battu pour la vérité. Je la connais maintenant. Merci. Maintenant on va pouvoir avancer dans la vie ", a déclaré à la presse le joueur de 31 ans, originaire de Wallis et Futuna, au terme de trois jours de procès.

Cinq ans d'emprisonnement avec sursis avaient été requis.

Laurent Vili était accusé d'avoir tué par balle Jean-Marie Goyeta, un Mélanésien de 26 ans, le 8 janvier dans la région de la tribu de St Louis dans la banlieue de Nouméa.

Les faits étaient intervenus dans un climat d'extrême violence, comparé lors du procès par un gendarme "au Kosovo ou à la Côte d'Ivoire", alors que depuis un an les Mélanésiens de St Louis voulaient chasser les Wallisiens du village de l'Ave Maria, situé en face de leur tribu, sur l'autre rive d'une rivière, la Thy.

Le 8 janvier 2002 à l'aube, terme d'un ultimatum fixé par les Mélanésiens pour le départ de leurs rivaux, un échange de tirs nourri avait opposé les deux camps, blessant à l'aine Jean-Marie Goyeta, qui décèdera près d'un mois plus tard.

Revenu en vacances pour soutenir la communauté de l'Ave Maria dont son père était le chef coutumier, Laurent Vili avait participé à ces évènements avec un fusil de calibre 270.

Arrêté le 22 août 2002 à Montpellier, sur le foi de témoignages et d'écoutes téléphoniques, Laurent Vili avait avoué avant de se rétracter. Son arme n'a jamais été retrouvée.

Le nombre de tireurs présents ce jour-là et la complexité du terrain a rendu aléatoire la reconstitution des faits lors de l'audience, essentiellement basée sur le témoignage de l'oncle de Jean-Marie Goyeta.

L'absence d'autopsie et les contradictions des experts sur les causes de la mort ont en outre révélé les failles de l'enquête tandis que le rôle de l'Etat, accusé d'avoir "abandonné" les Walliens a été mis en cause.

Les 200 familles de l'Ave Maria avaient fini par être évacuées fin 2003, et relogées par les autorités.

"L'Etat ne nous a pas considéré comme des citoyens français. Je présente mes condoléances à la famille et j'espère qu'un jour on arrivera à vivre ensemble", a déclaré Laurent Vili, avant le verdict.

Procès à la dimension politique forte, il a reflété les difficultés des différentes communautés calédoniennes à vivre ensemble, alors que l'accord de Nouméa prône l'émergence d'un "destin commun".

Le verdict pourrait susciter des tensions à St Louis où tôt jeudi matin des jeunes avaient enflammé des pneus sur la route.

© 2008 AFP