Comité de soutien à Laurent Vili

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lundi 5 mai 2008

De l'huile sur le feu

Paru dans le gratuit DEMAIN N° 89 du 2 mai 2008

De l'huile sur le feu

L'article en annexes.

vendredi 2 mai 2008

Laurent Vili sera jugé une seconde fois

Les nouvelles Calédoniennes édition du 2 mai 2008

Il y aura un second procès Vili. Mercredi, le parquet général a annoncé qu’il allait faire appel de l’acquittement de Laurent Vili, jugé la semaine dernière devant la cour d’assises pour le meurtre de Jean-Marie Goyetta.

La justice n’en a pas fini avec les violences de Saint-Louis. Mercredi, Annie Brunet-Fuster, la procureure générale, a annoncé qu’elle allait faire appel de l’acquittement prononcé par la cour d’assises à l’encontre de Laurent Vili. La semaine dernière, ce rugbyman, pilier de l’équipe de Montpellier, avait été jugé pendant trois jours pour le meurtre de Jean-Marie Goyetta, un Mélanésien mortellement blessé par balle en janvier 2002, lors des violences qui avaient opposé les communautés kanak et wallisienne de l’Ave Maria. Selon Annie Brunet-Fuster, c’est la « logique judiciaire » qui a d’abord prévalu dans sa décision, « difficile à prendre ». « J’ai considéré qu’en dépit des débats, le dossier contient des charges suffisantes à l’encontre de Laurent Vili », a d’abord indiqué la procureure générale, qui souhaite ainsi « ne pas s’arrêter au milieu du gué en allant jusqu’au bout de la logique judiciaire ». Dans cette optique, le parquet général n’envisage pas de demander de supplément d’information. Le dossier jugé en appel restera donc le même. Le second point de son argumentaire, c’est celui de l’ordre public. « En raison des importants évènements qui se sont déroulés après le décès de Jean-Marie Goyetta, je considère qu’il est de mon devoir d’établir des responsabilités dans cette mort .» Annie Brunet-Fuster a par ailleurs indiqué que cet appel n’était pas destiné à donner des « gages » à la communauté kanak de Saint-Louis. « Avec cette décision, je ne cherche pas à rentrer dans le conflit, mais uniquement à répondre à une question d’intérêt public. »

Pierrick Chatel

Me Frédéric de Greslan : « Laurent Vili sacrifié sur l’autel de l’ordre public »

« L’argumentation du parquet général est parfaitement fumeuse. Quitte à aller jusqu’au bout de la logique judiciaire, autant systématiquement faire appel de tous les jugements de première instance, bons ou mauvais pour le ministère public. Or s’il y a eu procès, c’est justement pour faire le tri parmi les éléments du dossier. Là, les jurés ont considéré que les charges retenues à l’encontre de Laurent Villi ne tenaient pas. Pour nous, cette décision n’est qu’un cache-misère qui masque les vraies raisons de cette décision : on a peur de la réaction des Kanak de Saint-Louis. Et on sacrifie donc Laurent Vili sur l’autel de l’ordre public. »

Me Maxime Guérin-Fleury : « Une bouffée d’espoir donnée à la famille Goyetta »

« Nous espérions tous cette décision, nous nous en félicitons donc. C’est une bouffée d’espoir donnée à la famille de Jean-Marie Goyetta, qui n’a compris ni la décision de la cour d’appel, ni les demandes du ministère public lors de l’audience, lorsqu’une peine de cinq ans avec sursis avait été requise. Pourtant, le dossier contient beaucoup d’éléments à charge, même si on peut ne pas forcément être convaincu de l’intention de tuer. Pour la famille de la victime, l’interrogation demeurait sur le message délivré par la justice après cet acquittement. Nous sommes donc prêts à repartir pour un second procès. »

jeudi 1 mai 2008

Un homicide et la Nouvelle-Calédonie menace de s'embraser

Nº2269  SEMAINE DU JEUDI 01 Mai 2008

Requiem pour un kanak

Février 2002, un père de famille est victime d'un mystérieux tireur lors d'affrontements entre Kanaks et Wallisiens. Six ans plus tard, l'acquittement du jeune Wallisien un temps suspecté du meurtre risque d'exacerber les tensions au moment où le territoire approche d'échéances politiques décisives

De notre envoyée spéciale Florence Aubenas

Combien de fois Laurent Vili a-t-il rêvé de ce moment-là, son retour au village de l'Ave-Maria, l'église blanche au clocher rouge sous la frange sombre des palmiers et les maisons en chapelet, le long du mince fil de goudron dans la brousse des collines ? Vili est né là, en Nouvelle-Calédonie, dans ce village de Wallisiens émigrés en terre kanak. A l'Ave-Maria, Vili est souvent cité en exemple aux jeunes gens : champion d'athlétisme, il est devenu joueur de rugby professionnel à Montpellier. Fano, son père, est le chef coutumier du village. Ses frères et soeurs ont réussi diplômes et mariage. Et chez les Wallisiens, où le succès se mesure au nombre de cochons dans l'enclos, les Vili engraissent près de 70 bêtes.
Laurent Vili était à Montpellier, à 20 000 km de là, quand sa famille l'a appelé : «Ici, c'est la guerre.» Des jeunes Kanaks de la tribu de Saint-Louis, qui vivent de l'autre côté de la rivière, juste en face de l'Ave- Maria, ont lancé un ultimatum aux Wallisiens : il leur faut quitter le village, pour toujours. En manière d'avertissement, six maisons ont été brûlées, dont celle des Vili. Femmes et enfants ont dû s'enfuir en pleine nuit, il y a trois blessés. Les bêtes ont été tuées et les têtes des cochons plantées sur des piques. «La prochaine fois, c'est votre tour.»
Vili n'a jamais tenu un fusil. Il a du mal à se dire qu'on n'est pas en train de lui raconter un film. Quand il revient à l'Ave-Maria, il découvre les armes qui circulent, les hommes qui se préparent, les tours de guet. Des fusillades éclatent toutes les nuits. Les hommes n'osent plus s'éloigner du village : la plupart perdent leur travail. Les enfants ne vont plus à l'école, ils vivent enfermés dans les maisons avec les femmes, par crainte des tirs.

Le matin où expire l'ultimatum des Kanaks, Vili est allongé dans les herbes hautes, au bord de la rivière, une carabine 270 sur l'épaule. Il ne s'est jamais senti aussi seul. «Abandonné de tous.» Les tirs ont repris. Dans la lunette de son fusil, Vili aperçoit un Kanak qui a traversé du côté wallisien. Il n'arrive pas à distinguer ses traits. Il sait qu'il le connaît, forcément. Les gamins des deux rives ont grandi côte à côte. Les images défilent, au football, à l'école. Qui est-ce ? Yann ? Yvon ? Glenn ? Vili a tout à coup l'impression que l'autre l'a repéré. Il baisse le viseur sur la cuisse. Tire. Le jour même, on annonce que Jean-Marie Goyetta, tranquille père de famille kanak, a été blessé le long de la rivière. Lorsqu'il meurt à l'hôpital, quelques semaines plus tard, Vili est déjà rentré à Montpellier. Il est hanté par l'image de cet homme dans la lunette de son fusil. «Est-ce que je l'ai tué ou pas ?» C'était en février 2002.
Six ans après les faits, Vili comparaît aux assises à Nouméa pour la mort de Goyetta. La capitale est à une demi-heure à peine de l'Ave-Maria, avec ses villas neuves, ses 4x4 de luxe, le boom du nickel, qui adoucit tout, même la pauvreté et la politique. Durant ces années, les «Nouvelles Calédoniennes», unique journal local, ont abondement titré sur la «guérilla interethnique à l'Ave-Maria». Nul n'a jamais ignoré la situation, ni les élus, ni les partis, ni les représentants de l'Etat français. On ne pense même qu'à ça : un sondage relève que 80% de la population s'inquiète alors de ces violences et plus de la moitié redoute qu'elles ne se propagent. Mais personne ne bouge, tétanisé «comme si chacun avait peur de soulever le couvercle de cette marmite-là», dit Emmanuel Kasarhérou, directeur du prestigieux centre culturel Tjibaou. Comme si les 23 hectares de l'Ave-Maria ressemblaient soudain à la tragédie en miniature de ce qui pourrait de nouveau se passer en Nouvelle-Calédonie, si les choses tournaient mal. «Nous avons conscience d'être toujours au bord du précipice», dit l'historien Louis-José Barbançon. Et toujours habité par cette peur que reviennent les «événements», comme on appelle ici les sanglantes années 1980.

Le hasard du calendrier renforce encore les parallèles : le procès Vili coïncide avec l'impressionnante série des commémorations en cette année 2008 : les 20 ans des «accords de Matignon», traité de paix signé en 1988 entre Kanaks et Caldoches, pour arrêter les violences et enclencher une décolonisation pacifique. En 1998, viennent les «accords de Nouméa» - encore un anniversaire - avec notamment le transfert des compétences vers la Nouvelle-Calédonie. Le processus devrait déboucher sur un référendum à partir de 2014, où un corps électoral (spécialement délimité) décidera du nouveau statut : indépendance ou autonomie. Dans sa philosophie, cet édifice complexe se résume en une émouvante formule, tirée des accords de Nouméa : «le destin commun», à bâtir entre les 41% de Kanaks, les 35% de Caldoches, les 10% de Wallisiens. Ces mots de «destin commun» sont sans doute ceux que tout visiteur entendra le plus souvent pendant son séjour, martelés sur tous les tons, véritable boussole du territoire, y compris pour s'y opposer. Dès lors, le dossier de l'Ave-Maria a le pouvoir de certaines «affaires» : tout le monde s'y perd et tout le monde s'y retrouve. Epuration ethnique ou litige foncier, simple soubresaut de violence ou signe avant-coureur que le «destin commun» n'est pas si évident ?
Retour près de l'église blanche, là où la rivière sépare deux communautés, mais aussi deux mémoires. Fano Vili, le père de Laurent, est un des premiers Wallisiens à s'être installés près de la mission catholique, à la fin des années 1950, sur la berge de l'Ave-Maria. A l'époque, une campagne avait été organisée à Wallis-et-Futuna, îlots surpeuplés, pour encourager l'émigration vers la Nouvelle-Calédonie : les mines de nickel réclamaient des bras et les églises des âmes. Ici, «les Wallisiens font un travail que personne ne veut faire et ils aiment ça, dit Mickaele Lape, lui aussi de l'Ave-Maria. On se défonce, on est là pour améliorer notre situation.» D'année en année, le village s'étend, maisons plantées en désordre, sans eau ni électricité, échappant même au contrôle des pères de la mission. Il n'y a qu'une constante, unique sur le territoire : ne viennent ici que des Wallisiens.
Les «événements» des années 1980 vont donner à l'Ave-Maria sa couleur politique : anti-indépendantiste. Marianne Vili, soeur de Laurent, dit qu'elle a essayé de comprendre, même si elle n'a pas «le même vécu» que ses parents. «Pendant les troubles, les gens du RPCR [parti loyaliste, dissous depuis] cherchaient des gens pour les aider : mon père est chef coutumier, c'était facile d'aller chez lui. Il s'est senti reconnu. Il a pris sa carte, il emmenait les gens voter en voiture. Pour les non-Kanaks, la France, c'est aussi la sécurité.» Un maçon se souvient aussi des milices loyalistes venues recruter les Wallisiens à l'Ave-Maria : «Ils nous avaient dit que les Kanaks allaient nous attaquer. On avait peur. On a pris l'habitude de monter avec les Caldoches dans les coins chauds. De toute façon, on se sentait proche d'eux : qui nous donne du travail si ce n'est eux et l'Etat ?»
De l'autre côté de la rivière, dans la tribu kanak, les «événements» ont un visage, celui de Léopold, tué à 17 ans par des gendarmes alors qu'il convoyait des armes pour les indépendantistes du FLNKS, en 1987. «Les jeunes ont grandi avec ce mort pour lequel personne n'a jamais été condamné par la justice», explique Jean-Charles Némeadjou, un des porte-parole à Saint-Louis. Sur cette rive-là aussi, la population a été façonnée par la colonisation. Les Européens voulaient y créer une zone tampon contre les Kanaks de la brousse. Plusieurs tribus en partie décimées, transportées de tout le pays, sont parquées en une cohabitation forcée, dans cet étonnant entrelacs de huttes et de verdure, de champs et de cases que décorent les bois sculptées ou le drapeau de la Kanaky. Aux portes de Nouméa, la tribu de Saint-Louis traîne le surnom de «nid de guêpe» : «Quand on dit qu'on vient d'ici, on ne nous donne pas de travail.» Pendant des décennies, ceux de l'Ave-Maria et ceux de Saint-Louis se sont observés par-dessus la rivière, sans lien véritable que ce face-à-face, décidé par les tours de passe-passe de l'histoire, deux misères concurrentes qui se frottent et s'irritent. Au dernier recensement, ils étaient un peu plus de mille de chaque côté.
C'est par hasard, un matin de 2001, en conduisant son fils à l'école, que Jean, Kanak de Saint-Louis, a découvert ce qu'il appelle «le plan masqué» : la construction d'un lotissement de 120 logements du côté wallisien, financé par la province dans sa lutte contre l'habitat insalubre. A la tribu, les derniers grands travaux datent de 1976, des poteaux électriques et un peu de goudron. «Ils ont eu le sentiment qu'il n'y avait jamais d'argent pour eux et que, à côté, ça allait être Versailles», souvient le maire, Reginald Bernut (UMP). Dès lors tout devient offense, et toute offense devient mortelle, une bagarre entre lycéens ou un barrage dressé par les Wallisiens. La situation est d'autant plus mal vécue que les prêtres de la mission viennent de restituer à la tribu de Saint-Louis les 400 hectares de leur terre coutumière que l'église s'était appropriée. Dans la foulée, les Kanaks ont autorisé les Wallisiens à rester sur leurs 23 hectares. «Nous les avons accueillis sur nos terres et maintenant, ils veulent faire la loi et nous manquent de respect», dit Désiré Tein, un des responsables. L'ultimatum est donné, pour janvier 2002.
A Paris, où la campagne présidentielle bat son plein, la Calédonie n'intéresse plus grand monde. La brusque possibilité d'une explosion kanak ressemble à un scénario d'apocalypse : le spectre du massacre d'Ouvéa, en 1988. En pleine présidentielle déjà, un groupe d'indépendantistes avait pris en otages 23 gendarmes, après en avoir tué 4. L'assaut pour les libérer fait 19 morts kanaks et deux militaires. «Pendant la crise de l'Ave-Maria, les directives sont resté les mêmes : pas de bruit, surtout vers la métropole et une gestion technique de la situation», se souvient un haut fonctionnaire. Un plan prévoit de déployer des gendarmes sur les deux berges de la rivière. Ceux de Saint-Louis refusent, à la mémoire de Léopold, le mort de 1987 : «Un gendarme reste un gendarme, aucun dialogue n'a jamais été possible avec eux, seulement un rapport de force», tranche Pascal. Lui-même est policier, un des rares de Saint-Louis à avoir poussé jusqu'au bac. Une vingtaine de gendarmes sont alors déployés, côté Ave-Maria. Lorsqu'un Wallisien vient se poster derrière leur blindé, il est chassé : «Assurez votre défense vous-même.» Ils ont pour consigne de se couvrir et se replier en cas d'alerte. «Surtout, ni prise d'otage ni bavure.» Au bout de vingt mois de violence, trois morts, 13 blessés dont deux gendarmes, ceux de l'Ave-Maria ont été évacués en septembre 2003. Certains attendent encore un relogement définitif. Un fonctionnaire, toujours en poste, se souvient de sa «honte, une histoire qui reste ici comme une tache».
Laurent Vili vient d'être acquitté devant les assises de Nouméa, vaillamment défendu par François de Greslan et Gilles Gauer. Après une autopsie et une reconstitution bâclée et réalisée plus d'un an après les faits, des témoignages à l'audience ont révélé qu'au moins huit personnes se trouvaient en position de tir près de la rivière à l'heure du tir contre Goyetta, dont plusieurs armés de carabine 270. La composition des jurés et de la cour étaient entièrement européenne, à deux exceptions près. La Nouvelle-Calédonie ne compte qu'un seul magistrat kanak et aucun avocat.
A la tribu de Saint-Louis, on a hissé les drapeaux de la Kanaky. Des tribus voisines ont proposé «de venir nous donner un coup de main, comme pendant l'Ave-Maria : certains veulent tout faire péter», reprend Pascal le policier. Ceux de Saint-Louis ont refusé. «On sait qu'ici se joue le destin commun.»

 

Florence Aubenas
Le Nouvel Observateur

mercredi 30 avril 2008

Le parquet fait appel de l'acquittement du rugbyman Laurent Vili

NOUMEA, 30 avr 2008 (AFP) - 5h22

Le parquet de Nouméa a interjeté appel de l'acquittement la semaine dernière du rugbyman Laurent Vili, accusé du meurtre d'un jeune kanak, sur fond de rivalités raciales, a-t-il annoncé mercredi.

"Il s'agit pour le parquet d'être logique avec les poursuites qu'il a initiées. Je souhaite que l'on aille jusqu'au bout du processus judiciaire", a déclaré à la presse Annie Brunet-Fuster, procureur général près la Cour d'appel de Nouméa.
"Compte tenu des graves troubles à l'ordre public (qu'avait suscité le conflit de St Louis), je crois que l'on ne peut pas admettre que la justice s'arrête au milieu du guêt", a-t-elle ajouté, précisant que sa décision avait été "difficile" à prendre.

Pilier de l'équipe de rugby de Nîmes, Laurent Vili, d'origine wallisienne, a comparu la semaine dernière devant la cour d'assises pour le meurtre de Jean-Marie Goyeta le 8 janvier 2002, à la tribu de St Louis dans la banlieue de Nouméa.
Les faits étaient intervenus alors que des violences opposaient les Kanak de St Louis aux Wallisiens et Futuniens du village de l'Ave Maria, juste séparé par une rivière de la tribu.
Des témoignages contradictoires, des failles dans l'enquête et l'absence de preuves convaincantes ont abouti à l'acquittement de Laurent Vili, 31 ans. Le parquet avait requis cinq ans d'emprisonnement avec sursis.
Le verdict de ce procès sensible a réveillé les tensions communautaires et déclenché la colère de la population kanak.
Jeudi dernier, au lendemain du verdict, les habitants de St Louis avaient déroulé des banderoles et brûlé des pneus en bord de route, dénonçant une "justice à deux vitesse".

Frédéric de Greslan, avocat de Laurent Vili, s'est élevé contre la décision du parquet, estimant que sa seule motivation était de "calmer les esprits"."

article également paru sur

mardi 29 avril 2008

les crampons de la liberté

Le Midi-Libre édition du mardi 29 avril 2008

A peine débarqué, le pilier a repris l'entraînement avec le Montpellier HRC.

Plutôt gris, le temps, hier matin, sur Montpellier. Mais, pour Laurent Vili, ces nuages-là n'avaient rien à voir avec ceux, bien plus menaçants, qui s'étaient amoncelés sur sa tête pendant six ans. Et ce ciel couvert avait surtout, pour le Calédonien, la couleur de la liberté. D'ailleurs, de retour de Nouméa le matin même, via Paris, celui qui venait de faire éclater la vérité (lire ci-contre) repoussait la fatigue du vol et du décalage horaire pour reprendre le chemin du stade. Celui du Montpellier Hérault Rugby Club, où l'attendaient tous ses potes. Sa famille, comme il le dit lui-même. « Déjà, à l'aéroport, il y avait tout un petit comité d'accueil, souriait le solide gaillard. C'était normal que je vienne ici saluer tous les joueurs, tous ceux qui m'ont soutenu pendant cette épreuve ».

Avant de préciser, se pinçant un peu le ventre : « Et puis, il faut bien que je me réentraîne. Dans la tête, je suis prêt à reprendre le rugby. Le corps, lui, va falloir un peu que je le retravaille ». Le sourire, surtout, est là, bien présent. Sur la large face d'un gars franc, droit comme le poste de pilier qu'il occupe, bien campé sur des valeurs d'un sport qu'il honore. « Ces valeurs-là ont joué pour moi, lâche-t-il. A mon procès, les gars du club qui sont venus me soutenir, ont témoigné. Que ce soit Michel Bonnaud ( NDLR : le président du comité de soutien à Laurent Vili), Jérôme Vallée, Jean-Michel Meunier ou encore Denis Navizet, ont axé leur témoignage sur ces valeurs-là, celles que le rugby m'a inculquées ». Des valeurs qui, si elles ne sont pas directement à l'origine de l'acquittement du Wallisien (les faits, décortiqués par le tribunal, ont mis en évidence l'innocence de Vili), ont permis à ce grand gaillard de ne pas craquer.

« Depuis le début de cette affaire, le club et les joueurs n'ont cessé de me soutenir. Quand j'étais en prison, ou bien quand je suis revenu. Même les nouveaux joueurs, notamment les Sud-Af, étaient au courant. Des anciens comme Vallée ou Diomandé, ou des gars comme Taele et Toleafoa, avec qui on partage la même culture, ont servi de relais. J'ai découvert que les jeunes, comme François (Trinh-Duc) perpétuaient toujours les valeurs du ruby ». Quant à sa position de "présumé coupable", Laurent Vili n'a jamais eu à s'en défendre. « Aucun ne s'est jamais posé la question de savoir si j'étais coupable ou non. Ils m'ont soutenu, tout simplement. Comme une véritable famille. Ce qu'ont fait les joueurs, ce qu'a fait ce club, je ne l'oublierai jamais ». Ce qu'a fait, aussi, ce club, le président Thierry Perez et Didier Nourault, le directeur sportif, en tête, c'est de faire signer à Vili un contrat pro fin février en tant que joker médical, pour pallier la blessure de Clément Baïcco.

« J'étais un peu perdu, je manquais de repères, souligne celui qui, alors au sein du club de Nîmes, après avoir fait un crochet par Gaillac, peinait à refaire surface. Quand Thierry m'a appelé, pour me dire qu'ils avaient besoin d'un pilier qui se donne à 200 %, j'ai sauté au plafond. Maintenant, c'est à moi de rendre au club tout ce qu'il m'a donné. D'ailleurs, excuse-moi, ça commence dès maintenant. On m'attend ».

Celui qui l'attend, c'est encore Jérôme Vallée, le troisième ligne du MHRC. Et qui, après l'avoir soutenu à Nouméa, s'apprête à faire souffrir son ami, dans la salle de muscu. « Je suis prêt à tout, s'amuse Vili. Maintenant, je suis un homme libre ». Libre, mais pas entièrement libéré. « Le combat de Vili est terminé, grogne-t-il. Pas celui des miens, de ma communauté, là bas, en Nouvelle-Calédonie. Des choses se passent là-bas qui me révoltent. Des gens ont été déplacés, des amis ont perdu leur métier. On leur a fait des promesses non tenues. Je pense aussi à la famille de Jean-Marie (Goyetta, le Mélanésiens tué dans la fusillade). Je comprends leur colère. Je retournerai là-bas. Il y a un truc à terminer ».

Les gens de rugby tiennent toujours leur promesse. D'autant plus celle d'un pilier. Qui, dès la fin de la saison du Top 14 (« J'espère que je serai bientôt aligné sur une feuille de match »), repartira vers les siens, là-bas. Au bout du monde, dans son île, ce paradis qui parfois sombre dans l'enfer. Il veut y aller, pour entrer dans une mêlée qui n'a rien de simulée. Pour que plus personne, d'un camp comme de l'autre, n'en sorte, définitivement, sur une civière... Jean-Loup ROBERTIER

vendredi 25 avril 2008

Laurent Vili : «Le soutien des montpelliérains m'a donné la force»

Le Midi-Libre édition du vendredi 25 avril 2008

Laurent Vili, joint par téléphone à Nouméa, hier, au lendemain du verdict

« J'ai été comme assommé au moment du verdict. J'ai eu du mal à réaliser. Ce n'est que le lendemain, en prenant mon petit neveu dans mes bras, que j'ai réalisé que c'était fini. Je n'ai pas pu retenir mes larmes. » Il est minuit à Nouméa, il pleut des cordes, et Laurent Vili, le rugbyman montpelliérain, réagit à son acquittement par la cour d'assises de Nouvelle-Calédonie, pour le meurtre en 2002 de Jean-Marie Goyetta, un Mélanésien tué lors d'affrontements interethniques.

« En arrivant ici, j'étais confiant et déterminé. J'étais sûr de mon innocence, car ce n'était pas Jean-Marie que j'avais ce jour-là dans ma ligne de mire. » Une certitude qui s'est finalement imposée, après trois jours de procès. « Il a fallu batailler, parce que malgré les faits et les témoignages qui démontaient les charges, l'avocat général voulait une condamnation, même avec sursis, et pour moi, il n'en était pas question. » Quelles vont être les conséquences, sur place, de cet acquittement ? « Il a été prouvé par le procès que ce n'était pas moi qui ait tué. Le retour à la sérénité passe par la recherche de la vérité. »
Laurent Vili, pour l'instant, a déjà les yeux fixés sur Montpellier. « Je reviens lundi, à l'attaque, pour finir avec Montpellier la saison du Top 14. C'est vrai que j'ai très envie aussi de revenir vivre en Calédonie, d'être proche de ma famille. Maintenant, je dois réinventer ma vie. Je veux remercier tous ceux, au club de Montpellier, qui m'ont soutenu, parce qu'ils m'ont donné la force d'affronter toutes ces épreuves. »
Recueilli par F. B.

Sarah A lire aussi :

jeudi 24 avril 2008

Le rugbyman Laurent Vili acquitté

Le Midi-Libre édition du jeudi 24 avril 2008

Depuis 2002, le joueur de Montpellier était accusé du meurtre d'un Mélanésien en Nouvelle-Calédonie

« Quand il m'a serré dans ses bras, j'ai cru qu'il me cassait en deux. Et j'ai pleuré comme un gosse. Six ans, c'est long ». Michel Bonnaud est président du comité de soutien de Laurent Vili et, après des années d'efforts pour aider le jeune et costaud Wallisien à sortir d'un véritable guêpier, il décompresse un peu. Pas question pourtant pour lui, comme pour ses amis présents à Nouméa, de fanfaronner. Car dans ce drame qui s'est déroulé le 8 janvier 2002, il y a eu mort d'homme. Jean-Marie Goyetta, un jeune Mélanésien, est, en effet, tombé lors d'affrontements entre sa communauté et celle de Vili.

« Sa famille a été très digne, pendant le procès et après le verdict, malgré sa grande souffrance » assure le dirigeant du Montpellier Rugby Club. Pour Me Gauer, l'avocat de Vili, étonné que l'avocat général ait requis cinq ans de prison avec sursis à l'encontre de son client, « il fallait un coupable pour camoufler la faute de l'État » .
Toujours est-il que les trois jours de débats, menés dans la sérénité, ont éclairé les faits dramatiques de janvier 2002, mettant surtout en lumière les contradictions du dossier et le rôle, pour le moins passif, des gendarmes présents à ce moment-là près de Mont-Doré, le village où les violences ont éclaté.

Aujourd'hui, Laurent Vili, qui a tout de même fait un an de prison, est libre. Libre de retrouver une vie normale à Montpellier, après une parenthèse cauchemardesque de six ans. Une vie en famille et avec les amis, jamais très loin d'un terrain de rugby.
En Nouvelle-Calédonie, on ne sait toujours pas qui a tué Jean-Marie Goyetta ...
C. V.

Laurent Vili acquitté

Les Nouvelles Calédoniennes édition du 24 avril 2008 emotion

Dernier jour du procès Vili, hier aux assises. Le matin, de nouveaux témoignages ont renforcé l’hypothèse d’un second tireur, qui innocenterait l’accusé. L’après-midi, le ministère public a requis cinq ans avec sursis. Cette nuit, après deux heures de délibéré, les jurés ont prononcé l’acquittement.
... la suite

A lire aussi :

Retour sur le réquisitoire de l’avocat général, Robert Blaser, qui défendait le point de vue du ministère public. Pendant plus d’une heure, il a évoqué les points qui ont fait débat au cours de l’audience.

Maître De Greslan défendait les intérêts de Laurent Vili, « victime expiatoire » , selon lui. À cause du prolongement nocturne du procès, nous n’avons pas pu entendre la plaidoirie du second avocat de l’accusé, Me Gauer.

Ailleurs :

Le rugbyman Laurent Vili acquitté du meurtre d'un jeune kanak

L'AFP le 24/04/2008 à 00:06

Laurent Vili, joueur de rugby à Nîmes, a été acquitté mercredi soir par les assises de Nouméa du meurtre d'un jeune kanak en janvier 2002, survenu durant des violences ethniques.

"Je m'étais battu pour la vérité. Je la connais maintenant. Merci. Maintenant on va pouvoir avancer dans la vie ", a déclaré à la presse le joueur de 31 ans, originaire de Wallis et Futuna, au terme de trois jours de procès.

Cinq ans d'emprisonnement avec sursis avaient été requis.

Laurent Vili était accusé d'avoir tué par balle Jean-Marie Goyeta, un Mélanésien de 26 ans, le 8 janvier dans la région de la tribu de St Louis dans la banlieue de Nouméa.

Les faits étaient intervenus dans un climat d'extrême violence, comparé lors du procès par un gendarme "au Kosovo ou à la Côte d'Ivoire", alors que depuis un an les Mélanésiens de St Louis voulaient chasser les Wallisiens du village de l'Ave Maria, situé en face de leur tribu, sur l'autre rive d'une rivière, la Thy.

Le 8 janvier 2002 à l'aube, terme d'un ultimatum fixé par les Mélanésiens pour le départ de leurs rivaux, un échange de tirs nourri avait opposé les deux camps, blessant à l'aine Jean-Marie Goyeta, qui décèdera près d'un mois plus tard.

Revenu en vacances pour soutenir la communauté de l'Ave Maria dont son père était le chef coutumier, Laurent Vili avait participé à ces évènements avec un fusil de calibre 270.

Arrêté le 22 août 2002 à Montpellier, sur le foi de témoignages et d'écoutes téléphoniques, Laurent Vili avait avoué avant de se rétracter. Son arme n'a jamais été retrouvée.

Le nombre de tireurs présents ce jour-là et la complexité du terrain a rendu aléatoire la reconstitution des faits lors de l'audience, essentiellement basée sur le témoignage de l'oncle de Jean-Marie Goyeta.

L'absence d'autopsie et les contradictions des experts sur les causes de la mort ont en outre révélé les failles de l'enquête tandis que le rôle de l'Etat, accusé d'avoir "abandonné" les Walliens a été mis en cause.

Les 200 familles de l'Ave Maria avaient fini par être évacuées fin 2003, et relogées par les autorités.

"L'Etat ne nous a pas considéré comme des citoyens français. Je présente mes condoléances à la famille et j'espère qu'un jour on arrivera à vivre ensemble", a déclaré Laurent Vili, avant le verdict.

Procès à la dimension politique forte, il a reflété les difficultés des différentes communautés calédoniennes à vivre ensemble, alors que l'accord de Nouméa prône l'émergence d'un "destin commun".

Le verdict pourrait susciter des tensions à St Louis où tôt jeudi matin des jeunes avaient enflammé des pneus sur la route.

© 2008 AFP

mercredi 23 avril 2008

Témoignages contradictoires dans l'affaire Laurent Vili

Les Nouvelles Calédoniennes édition du 23 avril 2008

Au deuxième jour du procès de Laurent Vili, les principaux témoins ont décrit l’instant où Jean-Marie Goyetta a été abattu, en janvier 2002, à Saint-Louis. Leurs versions n’ont pas permis de fixer une chronologie précise. Le débat reste ouvert.
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L'heure du verdict pour Laurent Vili à Nouméa

Le Midi-Libre édition du mercredi 23 avril 2008

Le rugbyman montpelliérain est jugé pour un meurtre qu'il nie, commis en 2002 en Nouvelle-Calédonie

« Je m'attendais à énormément de tension, voire de violence. Mais si à l'extérieur du palais de justice, on a l'impression que cela peut exploser à tout moment, à l'intérieur il règne un profond respect, un silence total, et tout le monde s'exprime librement. » Me Gilles Gauer, l'avocat montpelliérain, défend devant la cour d'assises de Nouvelle-Calédonie Laurent Vili, 30 ans. Le rugbyman de Montpellier, originaire de Walis et Futuna, est accusé d'avoir tué d'un coup de fusil
Jean-Marie Goyetta, un Mélanésien, au cours de violents incidents ayant opposé en janvier 2002 les deux communautés. Un geste qu'il nie, même s'il reconnaît avoir tiré, comme bien d'autres habitants de son village, pour se défendre. « On a organisé un procès d'assises, pour que cela ressemble à un dossier de droit commun, alors que ce n'en est pas un. C'était une situation de guerre, pour des motifs ethniques, sur le territoire de la République, alors que l'Etat avait fait savoir qu'il n'interviendrait pas » rappelle l'avocat, joint par téléphone hier à Nouméa. « C'étaient des tirs de défense ».

La deuxième journée d'audience a été largement consacrée à l'examen des faits et à la topographie des lieux. Pour la défense, les débats ont montré que les trajectoires de tirs mettaient l'accusé, qui comparaît libre, hors de cause.
« Laurent Vili, comme les proches de la victime, ont un besoin immense de vérité, insiste-t-il. C'est un moment de grande émotion, mais il est heureux et soulagé de voir que la vérité va pouvoir apparaître aux yeux de tous. Ce procès est essentiel pour rebâtir la vie avec les Mélanésiens, qui étaient ses copains d'enfance. Avec son frère, Laurent était alors le seul Walisien dans l'équipe de foot des Mélanésiens. » Le réquisitoire, la plaidoirie de la défense et le verdict sont attendus aujourd'hui.
François BARRÈRE

mardi 22 avril 2008

L’histoire d’un « gentil garçon » qui tenait un fusil

Les nouvelles calédoniennes édition du 22 avril 2008

Le procès de Laurent Vili s’est ouvert avec l’examen de la personnalité de l’accusé, hier aux assises de Nouméa. Les témoins et l’expert psychiatre ont tous dépeint un « gentil garçon » apprécié partout où il passe. L’évocation des faits fut plus laborieuse. ...La suite

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Le rugbyman montpelliérain Laurent Vili livre ses premières explications

Le Midi-Libre édition du 22 avril 2008

Le rugbyman montpelliérain est jugé pour le meurtre d'un Mélanésien.

Le procès doit durer trois jours. Trois jours pour tenter de comprendre ce qui sépare deux ethnies vivant sur la même terre depuis des décennies, trois jours pour disséquer les affrontements du 8 janvier 2002 qui ont coûté la vie à un jeune Kanak (Midi Libre d'hier). Sur le banc des accusés, Laurent Vili, cueilli sept mois après le drame à Montpellier où il jouait alors au rugby.

Hier, après la longue évocation des faits (18 feuillets), psychiatre et témoins se sont succédé à la barre et ont dressé un portrait flatteur du jeune rugbyman. Puis, face à des défenseurs très sceptiques, les enquêteurs ont expliqué pourquoi cinq mois se sont écoulés entre les faits et les premières constatations.

Enfin, et ce fut à l'évidence le moment fort de la journée, le président a interrogé Laurent Vili, très calme, sur la base des aveux que celui-ci a fait - pour protéger sa famille a-t-il expliqué ensuite - avant de se rétracter. Aujourd'hui, la journée sera consacrée à l'audition des experts. Et demain, les avocats des deux camps puis les jurés mettront un terme à ces débats et à six ans d'attente.

lundi 21 avril 2008

Le procès Vili rouvre les plaies de Saint-Louis

Les Nouvelles Calédoniennes

Le premier meurtre lié aux affrontements de Saint-Louis va être jugé à Nouméa, à partir de ce matin. Six ans après les faits, la cour d’assises a trois jours pour dire si le Wallisien Laurent Vili a tué Jean-Marie Goyetta, le 8 janvier 2002. Des souvenirs douloureux pèseront sur le procès. Ils le font déjà : d’un côté, on dénonce l’abandon des Wallisiens par l’État lors des combats, de l’autre, on craint un jugement partial, parce que trop « politique ».

Tout s’est accéléré, en ce matin de janvier près de la Thy. Le jour se levait à peine quand Jean-Marie Goyetta, 26 ans, est sorti de chez lui puis est tombé dans l’herbe, une balle de calibre 270 fragmentée dans les viscères. C’était le 8 janvier 2002 et Saint-Louis sentait déjà la poudre. La nuit précédente, de violents affrontements avaient éclaté, auxquels la victime n’aurait pas participé, selon ses proches. « Il venait de se lever et se préparait pour aller au travail », affirme Emmanuel Tein, grand chef du district de l’île Ouen.
Quand Jean-Marie Goyetta a rejoint les urgences, personne ne se doutait que le jeune employé d’Arbé serait le premier mort des affrontements débutés un mois plus tôt. Mais un mois après le tir, il rend l’âme. Sa compagne devient une veuve, ses trois enfants des orphelins. Et les violences repartent, alors que des négociations étaient lancées.
Six années ont passé. Les Wallisiens de l’Ave Maria ont brûlé leurs maisons, sont partis. Le temps du jugement est arrivé. À la barre, ce matin, la foule verra se dresser Laurent Vili, 31 ans. Seul suspect inquiété dans cette affaire, son nom est apparu dans le dossier huit mois après le début de l’enquête. De Nouméa, on avait appris qu’un rugbyman du Montpellier Racing Club s’était fait cueillir chez lui par la gendarmerie, sur ordre du juge calédonien en charge de l’instruction.
À Saint-Louis, ce solide fils de chef coutumier est connu. Il était parti en France à 20 ans pour s’inscrire à l’université de Montpellier. Ses qualités athlétiques et les 120 kg qu’il arborait à l’époque lui ont ouvert les portes du rugby professionnel.
Comme Jean-Marie Goyetta, Laurent Vili se posait en modèle pour les jeunes de sa communauté. Les anciens se souviennent aussi qu’il jouait au football dans l’équipe de la tribu… avec un certain Goyetta, Jean-Marie. Lui, le costaud, échangeait des passes avec Jean-Marie, l’artiste du ballon.

En septembre 2003, il commence à préparer son procès

Un mois avant les faits qui lui ont valu d’être inculpé, il était rentré de Métropole. La maison familiale avait brûlé, et il s’inquiétait pour les siens. Le matin du meurtre, des témoins affirment l’avoir aperçu.
Mais c’est une conversation téléphonique qui le trahira. Placé sur écoute, il confie à un proche qu’il pense être celui qui tenait l’arme du crime. Arrêté, il se rétracte devant les gendarmes mais passera un an en détention provisoire. À sa sortie, en septembre 2003, il commence à préparer son procès. Y compris dans la presse métropolitaine, à laquelle il livre sa version des faits.
« J’ai tiré deux fois sur quelqu’un qui avait une bandoulière, déclare-t-il dans l’hebdomadaire Midi Olympique, en 2004. La personne n’est pas tombée, je n’ai plus tiré après. ... J’ai cru que ça pouvait être moi, mais Jean-Marie ne portait pas de bandoulière. » Un comité de soutien s’est monté, entre Nouméa et la Métropole. Ses coéquipiers du rugby ont fait floquer un maillot « Justice pour Lolo », son surnom de vestiaire. Et son avocat, Me Gauer, parle d’un « Outreau sous les cocotiers » à propos du procès à venir, « avec la raison d’État en plus parce que les autorités savaient qu’il allait y avoir une attaque armée, et qu’elles n’ont rien fait (*)». Il met aussi en doute les causes réelles de la mort, un mois après son admission aux urgences. Côté enquête, on n’a retrouvé que des fragments de balle, mais l’arme du crime, jamais.
Il y a peu de chances que ces questions soient abordées dès aujourd’hui. La première journée de ce procès en trois actes devrait à peine suffire pour tirer les jurés au sort, lire l’ordonnance de mise en accusation et aborder la personnalité du témoin.

(*) Midi Libre, édition du 22 janvier 2008.

Marc Baltzer

Rugbyman montpelliérain, Vili est jugé pour meurtre

Le Midi Libre édition du lundi 21 avril 2008

En 2002, des violences opposant Wallisiens et Kanaks faisaient un mort. Sept mois plus tard, Laurent Vili était accusé. Son procès s'ouvre.

« Je suis heureux que la vérité puisse enfin éclater, et j'espère qu'on pourra vraiment aller au fond des débats ». Laurent Vili est arrivé à Nouméa en fin de semaine dernière. Avec ses amis du comité de soutien, Michel Bonnot en tête, avec quelques potes rugbymen, Jérôme Vallée notamment, troisième ligne à Montpellier, qui a raté le match de Top 14 à Albi samedi pour être près de Lolo et témoigner. Il y a là aussi Denis, Jean-Michel et Yannick, autant de copains qui, depuis six ans, ne ménagent pas leur peine. Comme au coeur d'une mêlée, ils ne reculeront pas pour envoyer Laurent Vili à l'essai et ainsi mettre un terme au cauchemar. Bien sûr, ils auraient préféré que le procès soit délocalisé en Métropole, mais tant pis... « C'est vrai, dans le contexte local, on a un peu peur des pressions qui pourraient s'exercer sur les jurés » avoue Michel Bonnot, à l'évidence tendu à l'approche du dénouement de cette sale affaire. En janvier dernier, M e Gauer, le défenseur de Vili, nous avait fait part de ses craintes : « Si Laurent est jugé là-bas, ce sera par un jury tiré au sort sur la base de la population calédonienne qui comporte 50% de Mélanésiens (les Kanaks, autochtones, NDLR) et 9% de Wallisiens (polynésiens, descendants d'immigrants, NDLR) ».

On l'a compris : les faits, pour lesquels est jugé le rugbyman et qui remontent au 8 janvier 2002, ont opposé Mélanésiens et Wallisiens. Un mois avant le drame, les premiers ont sommé les seconds de quitter Mont-Doré, un village que ces derniers habitaient depuis 50 ans. Alors, lorsque ce triste 8 janvier, de nuit, les Mélaniens, armés, traversent la rivière pour marcher sur Mont-Doré, pas étonnant que des coups de feu éclatent, laissant blessé Jean-Marie Goyetta qui décédera quelques jours plus tard à l'hôpital. Le 22 mars, sept mois après, Vili, alors étudiant et rugbyman à Montpellier, est arrêté. Il fera un an de prison.

Il n'a jamais nié avoir été sur place le 8 janvier, pas plus qu'il ne nie avoir tenu un fusil lors de ces affrontements. Ce qui est fragile dans cette histoire, ce sont les expertises ballistiques contadictoires, les témoignages discordants, et le rôle des gendarmes bien passifs aux yeux du défenseur du sportif. Un garçon meurtri qui s'est battu ces dernières années pour faire reconnaître son innocence et qui a puisé sa force dans le sport, devenant un éducateur écouté dans les écoles de rugby de la région où il a enseigné. Aujourd'hui, il se souvient avec émotion de ces après-midi dans sa geôle, l'oreille collée au transistor pour écouter son équipe de Montpellier gravir, sans lui, les échelons jusqu'à l'élite. Un parcours victorieux que les dirigeants et ses équipiers du MHRC lui ont dédié.

Bien sûr, Laurent Vili, qui a joué aussi à Nîmes, est passé à côté d'une vraie carrière. Mais qu'importe ! Le seul match qu'il ne doit pas perdre, il le sait bien, c'est celui qui commence aujourd'hui à Nouméa. Un match, à l'issue très incertaine, qui va durer trois longues journées.

Christian VALOIS

dimanche 20 avril 2008

Revue de presse des 18 et 19 avril 2008

18 avril

19 avril 2008

La revue de presse complète depuis le début de l'affaire.

lundi 10 mars 2008

"DROPS Montpellier (1) : Vili joker médical"

Titre le Midi Libre le 8 mars 2008.

DROPS
Montpellier (1) : Vili joker médical.- Le pilier droit Laurent Vili (30 ans), licencié à Nîmes, a paraphé un contrat avec le MHRC en qualité de joker médical, afin de palier à l'indisponibilité de Clément Baïocco, victime d'une rupture des ligaments croisés et out jusqu'à la fin de la saison. Le Néo-calédonien figurait dans les rangs du club en 2002-03, l'année de l'accession.

mardi 22 janvier 2008

"Le rugbyman Laurent Vili veut être jugé loin de Nouméa"

Titre le Midi-Libre.

NIMES PORTRAITS DE VILI LAURENT

Rugbyman dans l'équipe de Nîmes, après avoir joué dans le quinze de Montpellier, ce colosse doit comparaître au mois de mars devant la cour d'assises, pour un meurtre survenu en janvier 2002 en Nouvelle-Calédonie, lors d'affrontements armés opposant des Mélanésiens à son village de Wallisiens. Des affrontements que le pouvoir, sur place, n'a rien fait pour éviter.

Après avoir été incarcéré pendant un an, Laurent Vili, qui clame son innocence, se bat aujourd'hui pour être jugé en métropole, loin des tensions qui règnent encore à Nouméa. Des tensions qui selon son avocat ont fortement pesé sur le déroulement et les conclusions provisoires de l'enquête . « Je suis prêt à me battre et je n'ai plus qu'une hâte, c'est que le procès arrive. Mais je veux qu'il puisse être équitable. » A 31 ans, Laurent Vili, l'actuel pilier de l'équipe de rugby de Nîmes, s'apprête à vivre le match le plus important de sa vie.

Dans quelques semaines, ce colosse né en Nouvelle-Calédonie, originaire de Wallis-et-Futuna, doit comparaître en cour d'assises, pour un meurtre qu'il conteste. Le drame était survenu le 8 janvier 2002, à Mont-Doré, près de Nouméa, lors d'un affrontement armé entre Mélanésiens et Wallisiens.
Un mois plus tôt, la tension était montée entre ces deux communautés : des Mélanésiens de la tribu Saint-Louis donnent aux Wallisiens un mois pour évacuer ce village qu'ils occupent depuis cinquante ans. Pourquoi cet antagonisme ? « Il y a une grande différence culturelle entre Wallisiens et Mélanésiens. A un moment, on n'a pas accepté la différence de l'autre, et à cause du manque de dialogue, ça a explosé. » Le jour dit, sous l'oeil des gendarmes qui n'interviennent pas, des Mélanésiens armés tentent de franchir la rivière la Thy, et de part et d'autre, des dizaines de coups de feu sont échangés. Jean-Marie Goyetta, un Mélanésien, est blessé par balle à l'aine. Il mourra un mois plus tard, à l'hôpital.
Laurent Vili, qui était revenu en vacances dans son village, dont le père est le chef coutumier, sera désigné par des témoins comme étant le tireur. Arrêté le 22 août 2002, à Montpellier, où il joue alors, il sera incarcéré pendant un an avant d'être libéré sous contrôle judiciaire, avec interdiction de remettre les pieds en Nouvelle-Calédonie.
« La prison, ça a déchiré ma vie » explique Laurent Vili, qui a eu du mal à repartir sportivement depuis. « C'était dur, il fallait tenir. Je me suis accroché au club, à mes potes qui se battaient sur le terrain. Je suivais leurs résultats avec une semaine de décalage. » Car à Montpellier, un comité de soutien s'organise : le club joue avec des maillots siglés « Justice pour Lolo ». Une justice qui, pour Me Gilles Gauer, le défenseur de Laurent Vili, est pour l'instant plutôt mal partie : « Le procès qu'on veut nous imposer viole de façon gravissime les principes d'une justice démocratique », assène l'avocat montpelliérain. « C'est un peu Outreau sous les cocotiers, avec la raison d'Etat en plus. » Me Gauer relève les contradictions des témoins, la faiblesse des preuves matérielles et l'absence de certitude des experts sur la cause de la mort de la victime.
Mais surtout, il insiste sur ce qui est pour lui le point noir de l'enquête : « On ne veut pas faire apparaître l'incroyable défaillance de l'Etat : sur le territoire de la République Française, les autorités savaient qu'il allait y avoir une attaque armée, et on n'a rien fait. » Une décision dictée par « l'impératif du maintien de l'ordre en Nouvelle-Calédonie » qui pèserait toujours sur l'affaire. D'où sa demande d'un dépaysement du procès, théoriquement prévu en mars à Noumea. « S'il est jugé là-bas, il le sera par un jury tiré au sort sur la base de la population calédonienne, avec 50 % de Mélanésiens et 9 % de Wallisiens. Et de façon presque certaine, il y aura des troubles de l'ordre public. » Le procureur général de Noumea a refusé cette délocalisation, et l'avocat vient de saisir la cour de Cassation. En attendant sa décision, Laurent Vili s'interroge. « Le plus ahurissant, c'est l'abandon de l'Etat, qui était au courant et qui a laissé faire. Il a fallu qu'on s'organise, et maintenant on vient nous chercher pour nous juger, alors que ce serait à nous de juger les autorités. Que ce soit moi ou un autre Wallisien qui ait tiré, on était dans nos droits. Le Mélanésien qui est tombé, il est tombé chez nous, pas chez eux, et il était armé. C'était de la légitime défense, et tout ça sous l'oeil des gendarmes. »

lundi 13 décembre 2004

Laurent Vili - Le poids du soupçon

Titre le Midi Olympique le 13 décembre 2004.

le poids des mots

L'article complet au format pdf en annexe.

jeudi 21 octobre 2004

Pour son retour au Rugby Laurent Vili, Vidi, Vici

Titre le Midi Libre le 21 octobre 2004 : Pour son retour

L'article complet est en annexe au format pdf.

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