Jeudi 04 Septembre 2003


ACTUALITE


Nouvelle-Calédonie / Faits Divers


Les derniers Wallisiens de Saint-Louis crient à l’abandon

Depuis neuf jours, une sorte de rideau de fer s’est abattu sur les dernières familles wallisiennes de l’Ave-Maria qui ne peuvent ni entrer ni sortir.

« Depuis le 25 août dernier et l’intervention de police judiciaire menée par les gendarmes à Saint-Louis, une centaine de personnes de la communauté wallisienne sont bloquées dans l’enclave de l’Ave-Maria. Des dizaines d’autres qui étaient parties travailler ce matin-là sont dans l’impossibilité de regagner leur domicile. Des familles sont séparées, des hommes perdent leur emploi, des enfants sont privés de soins ou d’école parce que l’Etat ne garantit pas les droits fondamentaux que sont la liberté d’aller et venir et la sécurité des personnes. »
Hier, Me Frédéric de Greslan, avocat de la communauté wallisienne de l’Ave-Maria, et Mariane Vili, fille d’un des responsables coutumiers, ont tenu une conférence de presse devant la station maraîchère de Saint-Louis, là où sont stationnés les blindés de la gendarmerie et des équipes de Mobiles vêtus de gilets pare-balles.

Tireurs isolés

Depuis le 25 août dernier en effet, les derniers Wallisiens de l’Ave-Maria sont virtuellement prisonniers chez eux. Ce jour-là, la gendarmerie nationale a mené une vaste opération de police judiciaire dans Saint-Louis, afin de rechercher les auteurs des principales exactions commises au cours des vingt derniers mois dans le cadre du conflit ethnique.
En guise de « représailles » à cette intervention, la ligne à haute tension qui passe à proximité de Saint-Louis a été sabotée et des jeunes Mélanésiens ont pris possession de l’unique route qui mène à l’Ave-Maria. Des tireurs isolés sont susceptibles de prendre pour cible à tout moment ceux qui s’aventureraient sur cette route. Raison pour laquelle les gendarmes ont recommencé à jouer les casques bleus et empêchent toute entrée et toute sortie.

Casques bleus

« Là-haut, des femmes, des enfants, des vieillards et des adultes sont pris en otage par des hommes en armes qui leur tirent sporadiquement dessus. Depuis neuf jours, ils n’ont aucun ravitaillement, pas de visites, pas de soins. Et l’Etat ne leur vient pas en aide. Tout ce que les autorités proposent à ces gens, c’est de partir au plus vite. Bref, on accepte le principe de l’épuration ethnique. Je rappelle que nous ne sommes ni au Kosovo ni au Rwanda, mais en France » martèle Frédéric de Greslan. « Et pourtant personne ne s’indigne. Ce qui est en train de se passer ici est un camouflet à l’ambition de destin commun inscrite à l’Accord de Nouméa. »
Côté mélanésien, la pression ne se relâche pas sur les derniers habitants wallisiens de l’Ave-Maria. Il y a quelques jours, un homme qui circulait au volant de sa voiture dans l’enclave a vu son pare-brise fracassé par une balle. Un autre projectile a traversé de part en part la cuisine d’une des maisons encore habitées.

Terres ancestrales

Il y a vingt mois, le village wallisien de l’Ave-Maria comptait un peu plus de mille habitants. Des lotissements étaient en cours de réalisation quand la communauté mélanésienne voisine de Saint-Louis a lancé les premières attaques pour récupérer les terres « ancestrales ».
Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une centaine. Les derniers Wallisiens présents demandent des relogements décents, à des loyers très aidés, et des compensations financières pour préjudice moral et pertes de salaires notamment.
Hier, nous avons tenté de joindre le représentant de l’Etat chargé du dossier pour lui demander son point de vue sur les griefs adressés par la communauté wallisienne. Mais il était injoignable, retenu à la Mission de Saint-Louis pour une réunion de négociation.

Ph.F.
 



NAVIGUEZ
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Maximilia n’a pas pu rentrer chez elle depuis le 25 août.


 
Maximilia, sans logis depuis neuf jours

« Le matin du 25 août, je suis partie de chez moi avec mon mari et mon bébé pour discuter de mon relogement à la SIC. Quand nous avons voulu rentrer, les gendarmes ne nous ont pas laissées passer. Depuis, nous n’avons pas pu regagner notre domicile » raconte Maximilia, une jeune mère de famille victime du rideau de fer qui s’est installé autour de l’Ave-Maria.
« Depuis, on est hébergé ici ou là, chez des proches. On est tous partis ensemble, donc on est ensemble. Mais il faut savoir qu’il y a des familles séparées désormais. La femme au village, le mari bloqué à l’extérieur. Il y a des vieux là-haut, une femme enceinte de huit mois et demi. Et aucun ravitaillement possible. Naturellement ni les médecins ni les pompiers ne s’aventurent plus par ici. »


 




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